Le violeur aux ciseaux est un multirécidiviste Imprimer Email
 L’Algérien qui a commis trois agressions violentes fin août avait déjà été interpellé près de quarante fois. Sa troisième victime, une femme de 49 ans, violée le 31 août au Jardin anglais, témoigne et accuse. Ce nouveau cas de délinquance aggravée pose la question de la récidive et de sa réponse pénale.

Elle est âgée de 49 ans, mariée et mère de deux enfants. Elle vit et travaille à Genève. Elle se déplace à pied dans sa ville comme une citoyenne libre. La nuit du 31 août dernier est douce. Une soirée entre amis à la Servette et un retour chez soi, aux Eaux-Vives, selon un parcours attendu et familier à la fois. Chantepoulet, pont du Mont-Blanc, Jardin anglais.

Et puis? Plus rien, l’amnésie circonstancielle des personnes qui viennent de se faire agresser, simplement parce qu’elles marchaient dans la rue. Par qui? Par un multirécidiviste, sans papiers ni domicile connu, 37 arrestations à son palmarès judiciaire, en libération conditionnelle depuis le début de l’été. L’après-midi précédant les faits, l’homme est contrôlé par une patrouille, non loin du lieu de l’agression. A 3 h du matin, il est toujours là.


Affronter les épreuves

C’est un individu sans visage qui surgit du noir, jette à terre sa proie, lui fracture la cheville tout en lui assénant un violent coup de poing au-dessus de la mâchoire. Enfin, d’un mouvement de mains furieux, il lui arrache les jeans de jambe à jambe. Le viol sera confirmé plus tard par le médecin légiste. Acheminée en ambulance aux Urgences, la victime se réanime une heure après et prend conscience de la violence qu’elle a subie: «Je me suis sentie morte et j’ai revu cette silhouette anonyme allongée sur moi.»

Cinq jours d’hôpital, cinq nuits d’angoisse dans l’attente des examens à venir. Avant de quitter les HUG avec des béquilles, sous trithérapie – son agresseur est toxicomane.

Depuis maintenant deux mois, «chaque semaine qui passe est une nouvelle épreuve». Pour elle et son mari. «Le jour du Jeûne genevois, explique ce dernier, le même inspecteur qui m’avait appelé dans la nuit du 31 août pour m’annoncer par téléphone l’agression de ma femme est venu nous informer de l’arrestation du violeur. Nous avons alors appris que son ADN retrouvé l’avait confondu dans deux autres affaires récentes.»

S’étant constitué partie civile, le couple découvre peu à peu le parcours criminel d’un ressortissant algérien né à Oran en 1970. En moins de deux semaines, il agresse à trois reprises, de la pire des manières. Sous la menace d’une paire de ciseaux, il séquestre plusieurs heures durant, la nuit du 17 août, dans un appartement du boulevard Carl-Vogt, un Genevois d’une trentaine d’années. Les mains ligotées dans le dos, celui-ci subit d’interminables contraintes sexuelles. Il n’a plus quitté le milieu hospitalier depuis son admission aux Urgences.


Un dossier accablant

Toujours sous la menace d’une paire de ciseaux, une nonagénaire est agressée chez elle, en pleine journée, le 19 août à la rue des Pâquis. «Cette même paire de ciseaux sera découverte dans le sac abandonné par l’agresseur aux abords de l’endroit où ma femme a été violée», précise le mari, greffier malgré lui d’un dossier accablant qui noircit des centaines de pages.

Commentaire de la troisième victime: «Je connais bien l’Afrique et le Maroc, j’ai mené mes études à Paris, mais c’est à Genève que je me suis fait agresser violemment. Pourquoi ne dit-on pas que notre ville est devenue dangereuse? Pourquoi laisse-t-on ce genre de prédateurs en liberté? Pourquoi entretient-on cette sorte d’omerta alors que les gens en ont ras-le-bol et que la police est dépossédée des moyens d’agir. Pourquoi enfin, en additionnant le coût cumulé de l’incarcération et de la justice, dépense-t-on chaque jour des dizaines de milliers de francs pour assumer la présence délinquante d’individus qui, tôt ou tard, seront remis sur le trottoir et recommenceront?»

Son agresseur, lui, est en prison. Il passera l’année prochaine devant les Assises et sera, ce jour-là, sans doute défendu par un pénaliste de
renom.



L’impossible renvoi


Le Centre de détention administrative de Frambois compte une vingtaine de places. Gros bonnets du trafic de drogue ou travailleurs au noir, ceux qui viennent là seront expulsés vers leur pays d’origine.

Le directeur, Pierre-Emmanuel Chabry, tient à préciser que la détention administrative en vue d’une expulsion ne remplace en aucun cas la détention pénale. Selon ses calculs, 75% des renvois se passent bien parce que la personne concernée finit par accepter cette solution.


Encore faut-il qu’un accord de réadmission existe avec le pays d’origine. Ainsi que la possibilité d’un vol spécial pour les récalcitrants. Un vol spécial? Un avion affrété par la Confédération et destiné spécifiquement aux rapatriements «forcés». De tels accords existent, par exemple, avec le Nigeria, la Guinée, le Liban, la Géorgie, le Kosovo. Il n’y en a pas avec l’Algérie, les négociations politiques n’ayant pas abouti. Les ressortissants de ce pays savent qu’ils ne peuvent pas être expulsés. Le directeur explique qu’en principe, seules les personnes dont le renvoi peut être exécuté sont détenues à Frambois.


Un monde meilleur

Il a déjà vu des hommes qui ont dû être refoulés trois fois par vol spécial! «D’autres reviennent et nous téléphonent en nous disant: «Je suis au bord du lac, venez boire un café!» Vous savez, beaucoup d’entre eux sont arrivés ici dans l’idée d’un monde meilleur. Ils se font beaucoup d’illusions par rapport à l’Europe. Comme nous, autrefois, par rapport aux Etats-Unis.»
Catherine Focas



Moutinot impuissant


COMMENTAIRE


Le terme de «prédateurs» n’est pas que dans la bouche des victimes qui, pour leur malheur, les croisent sur leur chemin. Mardi soir, il a été prononcé à plusieurs reprises aux Pâquis, notamment par des membres de la communauté arabophone réunis dans la salle de la librairie l’Olivier, aux côtés de commerçants et d’habitants du quartier. Face à eux, commandant, maréchal et îlotier de la police genevoise. Mais surtout Laurent Moutinot, attendu depuis longtemps. Avec cette unique question, à la formulation claire: «Que peut-on faire pour lutter contre ces personnes qui sont dans l’agression permanente, qui occupent nos rues, qui n’ont peur de rien et commettent des délits à répétition?» Le conseiller d’Etat a opté pour la réponse évasive et rhétorique: «Il n’y a pas de solution miracle. Le problème est complexe. On ne peut pas mettre des récidivistes en détention administrative sans projet de renvoi. Les empêcher d’entrer dans notre ville? Je ne suis pas douanier.»

Cette sincérité dans l’impuissance désarme et fait peur. L’espace de deux heures, aussi vaines qu’instructives, c’est l’absence de volonté politique qui s’entend jusque sur le proche trottoir où, au même moment, de jeunes «prédateurs» s’affichent avec leur portable. Peut-être celui de Laurent Moutinot: «Je me suis fait voler le mien.»
Thierry Mertenat



Parcours judiciaire


Six années de délinquance.


La première occurrence judiciaire d’Abdul K., âgé de 38 ans, remonte au 23 octobre 2002. Il est interpellé sur le territoire genevois pour
infraction à la Loi fédérale sur les étrangers. L’homme est démuni de papiers et d’autorisation de séjour. Il dit venir de la région d’Oran et bourlinguer à travers l’Europe depuis une vingtaine d’années.

A partir de cette date, les ordonnances de condamnation se multiplient, pour atteindre fin 2007 le chiffre de plus de trente. Les peines d’emprisonnement prononcées oscillent entre un, deux et trois mois maximum. Les motifs, récurrents, concernent des infractions à la Loi fédérale sur les stupéfiants, des violences ou menaces envers les fonctionnaires, des non-respects de mesures d’interdiction locale.

Remis régulièrement sur le trottoir du boulevard Carl-Vogt, le multirécidiviste fait en outre l’objet d’une interdiction d’entrer en Suisse, notifiée courant 2006 et valable jusqu’en 2011. Il ne quitte pas Genève et est arrêté une nouvelle fois en novembre 2007, avant d’être condamné à 90 jours d’emprisonnement. Libéré conditionnellement, il sort de prison à la fin du printemps 2008. Il ne sera plus interpellé pendant les deux mois qui suivront. Dans l’intervalle, il séquestre, viole ou tente de violer trois personnes différentes. Le 5 septembre, identifié et confondu par son profil ADN, il est interpellé au Jardin anglais par les inspecteurs de la police judiciaire. Depuis ce jour, Abdul K. est incarcéré à la prison de Champ-Dollon. Il a été inculpé par le juge d’instruction Stéphane Esposito.


THIERRY MERTENAT - La Tribune de Genève - 30 Octobre 2008

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Commentaires (1)Add Comment
honte
Ecrit par aitaf, 02, novembre 2008
jespere quil pourrira en prison il nous a fait honte ce salopard
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