Gennevilliers : un film pour entretenir la mémoire de la guerre d’Algérie à la Biennale de Venise

0
474
film - guerre d’Algérie à la Biennale de Venise
pub

Fin mai, Rayane Mcirdi et son équipe présenteront leur recueil de témoignages filmés dans le pavillon français. Un moment fort qu’ils attendent avec impatience sur la transmission de l’histoire des Algériens.

« Le temps passe, les témoins directs disparaissent peu à peu. Cette mémoire, il était urgent de la préserver… » Rayane Mcirdi, des responsables du service jeunesse et une demi-douzaine d’ados ou de jeunes adultes de Gennevilliers se sont retrouvés dans le foyer de travailleurs de l’avenue des Grésillons. Pour eux, la parole n’a pas de prix. Surtout celle des chibanis, les travailleurs maghrébins retraités. Artiste vidéaste de 28 ans Rayane pilote un projet qui sera présenté fin mai au pavillon français de la Biennale de Venise.

Sa mission, recueillir avec les jeunes les témoignages des anciens sur la guerre d’Algérie. Le jeune homme a suivi la classe prépa de l’école d’arts Edgar-Manet à Gennevilliers avant d’intégrer les Beaux-Arts d’Angers puis ceux de Paris. Il y a quelques mois, il est contacté par la municipalité pour participer au projet de Zineb Sedira, qui occupera le Pavillon français de la Biennale de Venise. La Gennevilloise travaille notamment sur le cinéma algérien postcolonial. Les deux artistes étaient faits pour se rencontrer. « J’ai eu envie de faire se rencontrer des jeunes et des chibanis. Avec Hourya et Madjid, du service jeunesse, on s’est lancés à la recherche des bonnes personnes », se souvient-il.

Après avoir écumé les lycées et les structures jeunesse, ils se retrouvent avec douze jeunes et quatre chibanis. Au fil des mois, à raison d’une ou deux rencontres par semaine, les deux mondes se découvrent et s’apprivoisent. La confiance s’installe, la parole se libère. Comme ce jeudi soir justement. « Je suis d’origine algérienne et passionnée d’histoire. J’aime aussi l’idée de partir du local, des chibanis de Gennevilliers », déclare Imane, 17 ans, en terminale au lycée Galilée. Chaker hoche la tête. À 23 ans, il vient de décrocher son diplôme d’ingénieur en analyse de données. « J’ai la double nationalité française et algérienne, précise-t-il. Le projet entre en résonance avec mon histoire, mon identité. Je me sens personnellement concerné ! »

« C’est découvrir une culture »

Autour de la table, le petit groupe plaisante avec Miloud. Ils n’ont pas 20 ans, il en a 73. Derrière le masque, le regard pétille. Miloud est arrivé en France en 1967. De Dassault à la Snecma en passant par Chausson et une poignée d’autres, il a travaillé dans les principales usines de Gennevilliers et des alentours. « Pendant la guerre, là-bas, j’étais enfant mais j’ai vu ce qu’il se passait », dit-il avant d’évoquer les descentes des militaires français, la brutalité… « On doit dire tout cela aux jeunes. C’est ce qu’on a vécu. Les gens doivent savoir… » Dous, de quelques mois son cadet, opine du chef. Il se souvient de la violence, des exactions, des fellaghas qui cachaient des armes dans les villages mais tout cela « à travers le prisme d’un enfant de 12 ans… »

Face à lui, Zaïneb, étudiante en physique, se départit une seconde de son sourire. « Participer à ce film c’est découvrir une culture mais aussi s’imprégner de ce qu’ils nous racontent. Il y a un vrai transfert d’informations, analyse-t-elle. Et puis, soyons honnêtes le voyage à Venise est aussi motivant ! »

S’ils sont tous totalement investis dans le projet artistique de Rayane Mcirdi, chacune a ses propres motivations. Inès, en terminale à Galilée, compte suivre des études d’art. « Ce sera un plus sur mon CV, reconnaît la lycéenne. J’ai aussi un autre intérêt. Mon grand-père, algérien, a fait la guerre et m’en a parlé mais j’avais besoin d’entendre des gens extérieurs à ma famille. » Sa copine Léa, en terminale au lycée Michel-Ange de Villeneuve-la-Garenne y voit aussi « un moyen de découvrir la culture de (ses) copines algériennes ».

Parallèlement au recueil de témoignage, Rayane collecte des images d’archives pour mélanger le tout. « Ces gens ne se connaissaient pas voilà quelques mois et la mayonnaise a pris, s’enthousiasme l’artiste. Si on veut être prêt et avoir un film de 30 minutes fin mai, on n’a plus de temps à perdre ! » Ce sera alors une véritable expédition avec le groupe de jeunes, les chibanis, des élus et des membres du service jeunesse qui investiront le pavillon français dans la cité des Doges.